J'aime beaucoup chercher des liens entre les romans.
Trouver une idée, fouiller dans les rayons, déplacer quelques livres, en remettre douze à leur place parce que, manifestement, je me suis encore laissé distraire.
Mais cette fois, j'ai décidé de faire exactement le contraire.
J'ai choisi cinq romans au hasard (parmi ceux que j'ai lus cette année, bien entendu!).
Aucun thème. Aucune posture. Aucun territoire commun soigneusement prémédité.
Rien.
Le genre de méthode de recherche qui ferait probablement sourciller quelques scientifiques.
Mais j'avais envie de voir si cinq romans qui n'avaient rien demandé à personne pouvaient, malgré tout, se mettre à jaser entre eux.
Et curieusement, ils avaient des choses à se dire.
Partir et laisser quelque chose derrière
Là où je me terre, Caroline Dawson
Tout commence par un déplacement.
Dans Là où je me terre, Caroline Dawson raconte l'exil du Chili vers le Québec et cette nécessité de se reconstruire quelque part entre ce qu'on a quitté et ce qu'on tente de devenir.
On change de pays. On apprend de nouveaux codes. On avance.
Mais ce qu'on laisse derrière ne disparaît pas pour autant.
Parce que le passé sait retrouver son chemin
Tout me revient maintenant, Jean-Michel Fortier
Et justement, parfois, tout revient.
Chez Jean-Michel Fortier, le passé refuse gentiment de rester à sa place. Les souvenirs remontent, les époques se mélangent et ce qu'on croyait derrière soi continue de participer au présent.
Drôle de chose, la mémoire.
Elle conserve certaines choses avec une précision redoutable et en laisse tranquillement disparaître d'autres.
Jusqu'au jour où quelque chose commence à s'effacer
Les grues volent vers le sud, Lisa Ridzén
Et si ce qui disparaissait, maintenant, c'était justement la mémoire?
Dans Les grues volent vers le sud, Bo vieillit. Son corps décline, sa femme perd peu à peu ses souvenirs et le temps commence à rétrécir autour de lui.
Quand certaines choses s'effacent, d'autres deviennent soudainement essentielles : les liens, les choix, ce qu'on refuse d'abandonner.
Et forcément, devant une vie qui approche de sa fin, une question finit par s'inviter.
Qu'est-ce qui donne un sens à tout ça?
Tant qu'à y être, posons les grosses questions
Spinoza : L'homme qui a tué Dieu, José Rodrigues dos Santos
Bon.
Nous voilà rendus chez Spinoza.
Il fallait bien que quelqu'un pose les grosses questions.
Dieu, la liberté, la raison, notre place dans le monde : José Rodrigues dos Santos nous entraîne sur les traces du philosophe et de cette idée vertigineuse qu'on pourrait peut-être regarder le monde autrement.
Notamment en cessant de croire que l'humain en occupe nécessairement le centre.
Et se rappeler qu'on n'est peut-être pas le centre de grand-chose
Frappabord, Mireille Gagné
Et voilà précisément le genre d'idée que la nature aime nous rappeler.
Dans Frappabord, Mireille Gagné nous entraîne à Grosse-Île, où l'humain doit composer avec des forces beaucoup plus grandes que lui.
Nous étions partis avec l'exil.
L'exil nous a conduits à la mémoire. La mémoire, à ce qui s'efface. Ce qui s'efface, au sens de l'existence. Et le sens de l'existence nous a finalement ramenés à notre toute petite place au milieu du vivant.
Je vous jure que j'avais choisi les livres au hasard.
Finalement, le hasard se débrouille plutôt bien.
Et dans la vie, c'est parfois chouette de se laisser porter sans boussole!
À bientôt!
Marie-Eve