Je rédige ce premier article en rebroussant le chemin. J’ai d’abord tenté d’attacher tous les fils dans ma tête, de relier tous ces romans incroyables dans une même toile, un même parcours narratif (vous comprenez que l’exploit n’est pas simple).
J’ai failli céder à la tentation, jeter les armes et utiliser l’intelligence artificielle pour créer le tout. J’avais même programmé mon clone à partir d’anciens textes, pis toute, pis toute.
Le résultat était troublant… et fascinant.
L’IA réussissait à trier et organiser le fouillis perpétuel de mes pensées… et à les mettre sur papier exactement de la même façon que je l’aurais fait dans un monde hors de cet espace temporel.
Grandiose, une révélation!
Mais si cette intelligence pense à ma place, il reste quoi de moi?
Alors j’ai tout jeté. J’ai ouvert un fichier de traitement de texte, regardé un long moment par la fenêtre, pris quelques verres d’eau (au pluriel), ouvert ma messagerie, sorti le chien, réouvert le fichier vierge et je me suis lancée.
À la quantité de mots qui dérivent dans ma tête, il doit bien y en avoir quelques-uns qui puissent s’aligner?
Alors j’ai écrit.
L’idée reste la même. Je souhaite réellement rattacher tous les romans et les faire dialoguer entre eux, mais je pense que c’est plus réaliste si j’en prends deux ou trois à la fois. Des petites bouchées littéraires, que j’ai déjà lues de préférence. Soyons raisonnables.
Inspirée par le non-événement de ma journée relaté plus haut, j'ai tenté le coup. Et elle est apparue, ma première partition littéraire.
- Klara et le Soleil de Kazuo Ishiguro
- Sidérations de Richard Powers
- Replay de Ken Grimwood
Trois romans sublimes à la frontière du réel (je ne vous dit pas de quel côté) à lire dans l’ordre ou le désordre sur cette part de soi que l’on souhaite sauvegarder à tout prix. J’apprécie personnellement le désordre, mais je vous proposerais cette séquence harmonieuse :
Klara et le Soleil, pour ce monde étrange qu’on observe à travers Klara à la recherche de cette part de soi. On observe, on dénoue, on replie… jusqu’à se lier à cet univers qui l’entoure. Et enfin, on entrevoit ce qui se rapproche de la réalité de notre existence.
Avec Sidérations, on ressent le monde à travers l’acuité extraordinaire d’un jeune garçon hypersensible protégé artificiellement de la réalité. On perçoit, on protège, on dose la vie jusqu’à apprivoiser la brutalité de ce qui nous entoure pour enfin en percevoir le sens.
Finalement, dans Replay, tout s’efface et recommence dans un tourbillon de vies réincarnées. La recherche de soi, de l’autre, de tout, doit être perçue, analysée, imaginée et vécue différemment, encore et encore, pour tenter de saisir cette part de soi qui existe malgré tout.
Trois façons de chercher ce qui reste de nous quand le monde bouge plus vite que notre capacité à le comprendre.
Observer, ressentir, recommencer.
Ou tout simplement lire pour habiter le monde autrement.
À bientôt pour une nouvelle aventure...
Marie-Eve
P.S. Et pour être encore plus authentique, j’ai pris une de mes propres photographies prise avec un vieil appareil argentique pour illustrer cet article (dans une ancienne vie, j’étais photographe… et avant ça, géographe et dernièrement, muséologue, bref, dois-je vous convaincre que c’est le fouillis dans ma tête?)